Le site que vous consultez est une aubaine, vous l'avez compris au vu de sa page d'accueil. Il vous invite en effet à pousser la porte de l'un de ces lieux que vous aurez choisi pour assurer un temps le bonheur de votre amie ou l'étonnement de votre entourage familial. C'est aujourd'hui la ferme-auberge, le café de campagne... ou peut-être l'estaminet.
En 1802, l'Académie française le définit en une formule lapidaire : «Assemblée de buveurs et de fumeurs», ayant établi le constat, a posteriori, que cette appellation nouvelle qu'on ne trouve guère qu'à partir du milieu du XVIIIe siècle désigne aussi le lieu où elle se tient. Et de préciser que « Cet usage qui vient des Pays-Bas s'est propagé à Paris où l'on dit aussi Tabagie pour distinguer ces sortes d'assemblées ». On eût pu les qualifier de conviviales, mais Brillat-Savarin avait-il en ce temps déjà soufflé le mot ?
Au commencement, il y eut le cabaret, débit de boissons où le voyageur,
le pèlerin s'arrêtait pour se désaltérer, raconter ses pérégrinations, faire
état de ses espoirs, de ses convictions. Il devint peu à peu chambre de
commerce, d'où il tirerait son nom (de "cambire", "cambret", évoquant
le commerce). Cette définition du cabaret est claire dans les actes
administratifs où l'on parle de « chambre des bourgeois qui vendent le vin
de leur cru à pot... ».
Puis, avec l'introduction d'une boisson nouvelle au début du XVIIe siècle, le
café, naît la "maison de café" qui devient le café, encore appelé "cave" (du
turc qawha, prononcé kavé).
Dans les archives régionales, on compte encore, du Moyen-Âge à nos
jours, le bar (du français barre... de comptoir), la buvette et la cantine, la taverne et l'auberge, la guinguette ou la barrière, autant de débits de
boissons qui avaient leur caractère selon leur situation !
L'origine de ce mot est très probablement wallonne, bien que de l'autre
côté de la frontière, les (rares) désignations de "stameneeke" ou
stamcafé" soient proches, par la consonance, de la langue flamande.
Ce mot estaminet viendrait du latin "stamen", évoquant l'ourdissure
du métier des tisserands. Symbole saisissant dans son raccourci
social quand on sait que l'estaminet fut pour les maîtres un lieu où ils
glanaient leur main-d'oeuvre.
Selon une autre supposition, le mot viendrait du bas-allemand "stam",
ces poteaux soutenant les plafonds des vastes salles. Peut-être encore
pourrait-on voir dans le mot flamand "stam" (tribu, famille), l'évocation
des gens qui pouvaient s'y réunir en groupes de même coeur.
En Flandre belge toutefois, on ne trouve guère ce mot d'estaminet (ce
qui corroborerait son origine wallonne ? ). Là , on ira à la taverne ou au pub (!), mais surtout au café pour parler ou se régaler (praatcafé,
eetcafé, smulcafé, volkscafé,...) : l'accueil y est tout aussi chaleureux,
on s'en doute.
Ces assemblées qui tenaient estaminet prirent naturellement la forme
et l'esprit des salons du peuple. On y dénonçait la misère, on imaginait
des solutions par la force, bref, on chantait les abus.
Avec l'échec montant du Second Empire, de nombreux estaminets se
sont ouverts, autorisés par la bourgeoisie qui s'enrichissait, mais ne se doutait pas qu'elle fourbissait l'arme qui allait la tourmenter. L'ouvrier y
écouta le journal, y forgea son droit de grève, de réunion, d'association
que vota la IIIe République. Le syndicalisme naissait, conforté par des
sociétés ludiques ou philanthropiques qui se multipliaient.
Dans une région industrieuse comme la nôtre, l'estaminet devint nécessité pour l'amélioration de la condition sociale : les ouvriers
textiles ou métallos, les mineurs, les marins et les paysans même le
fréquentaient.
De nos jours, entre luttes oubliées et petits bonheurs rêvés - et ce,
depuis quelque 20 ans - l'estaminet est devenu un pôle d'attraction.
Pour les jeunes d'abord, intellectuels ou nostalgiques du passé, soucieux de reconnaître leur identité. Pour beaucoup d'autres, il participe de l'exotisme : on y trouve l'une de ces nombreuses bières artisanales qui font une part de notre gloire, on y déguste des plats que faisait grand-mère et qui ont pour noms carbonnade, lapin aux pruneaux ou
potje vleesch...
Aux quatre ouvrages que j'ai publiés sur le sujet, il en manquait un sur internet.
Pays du Nord l'a bâti. Ce site répond à la fébrile question que
l'on doit se poser : où trouver un estaminet ? Avec ce guide, vous verrez
qu'il y en a toujours un à portée de votre désir, et où vous trouverez
l'évasion qui correspond à votre humeur du jour, une évasion dans un
décor souvent anachronique, souvent inattendu.
Près de 300 adresses pour vous donner le plaisir de dire le lundi au bureau :
« Ce week-end, j'ai fait un estaminet », ce qui vous donnera peut-être la supériorité d'ajouter devant un regard étonné : « Quoi ! vous ne savez pas ce que c'est ? »
Simplement, dites encore : « ...et on a joué au billard Nicolas, au
vogelpick, au trou-madame... »
Car on trouve tout dans ce guide, adresses, téléphones, horaires
d'ouverture, centres d'intérêt, animations... et même coordonnées GPS.
Constatez enfin (discrètement) combien votre enthousiasme aura
déclenché l'envie.
Peut-être s'y rencontrera-t-on un jour ? Une partie de grenouille pour
une bière ?
Bonne découverte !
Jacques Messiant
Chevalier des Arts et des Lettres,
Lauréat de l'Académie française, il est l'auteur,
à ce jour, de 25 ouvrages sur l'histoire de la Flandre
et ses traditions (estaminets, carnavals, sorcières,
cuisine, combats de coqs, tourisme
culturel de proximité)